Je marche tranquillement, je monte sur le trottoir avec un petit saut qui me coûte quelques mètres de halètements.
Mes yeux se perdent à la frontière des immeubles et de l'azur. Je passe devant une affiche représentant mon nouveau Président; son insolence m'assome, je fuis son regard menaçant et surveille d'un regard méfiant et soumis la vitrine de la permanence de son parti dont le coin supérieur gauche arbore fièrement un autocollant "Plus mieux bien!".
Je ferme les yeux, accelère le pas.
C'ets tombé hier comme un coup de tonerre, grave et sourd, mais surtout prévisible. Et tout le monde l'avait prévu - à 20 heures, fondu enchainé d'une image à son exacte copie.
Aujourd'hui il fait beau. Etrange hommage du ciel au Cavalier de la Discorde. Mais il y a comme une odeur de souffre dans l'air, qui n'irrite pas les poumons mais asphixie mes ardeurs. Pas de drapeaux cet apès-midi, tout le monde tente masquer son affliction ou sa joie; on ne me jauge pas du regard comme d'habitude: chacun est trop occupé à imaginer au dessus de sa tête la matraque virulente ou la main flateuse du big boss.
Tout va bientôt s'accelerer, dramatiquement. Nous sommes dans notre Drôle de Guerre, et notre ligne Maginot non plus ne va pas jusqu'à la mer. Il va s'agir de vivre plus que jamais, dans la rue et dans les caves, dans l'esprit immuable dela fièvre libertaire, partout où le vent souffle pour propager la semance de notre révolte.
Je rentre dans un supermarché et j'achète à boire - allez, producteur, 10% pour toi et bonne chance pour la suite - je rentre au lycée en marchant.
Le monde n'arrêtera pas de tourner aujourd'hui.
C'est un tribut de vie que l'on demande à ceux qui souhaitent être libre dans leur chair autant que dans leur âme.
